Elle aurait pu être belle
Flavien | 17 mai 2008Le texte qui suit a été écrit (par moi-même) dans le cadre du brevet blanc de français. J’ai trouvé que je ne l’avais pas trop raté, alors j’avais envie de vous le faire partager. Il a donc été écrit dans des conditions un peu particulières : en salle d’examens, avec 30 condisciple à côté de moi, et en 1 heure 30.
Si le concept plaît, je pourrais poster de temps en temps des textes - qui ne sont pas des billets à proprement dit, mais plutôt des nouvelles, des contes,… c’est selon - que j’aurais écrit en ayant pour objectif de les publier sur le blog, ou pour tout autre occasion.
Bonne lecteur, et faites moi part de vos commentaires, qu’ils soient positifs ou négatifs, tant qu’ils sont constructifs, j’en tiendrais compte pour la prochaine fois.
Elle aurait pu être belle
Elle trône sur la cheminée du salon, habillée d’un cadre en bois. C’est celle que j’utilise pour mon identité en ligne ; remarquez, c’est la seule qui est enregistrée sur l’ordinateur. Je n’utilise que celle-là. Elle est dans le portefeuille de ma mère. Dans celui de mon père, aussi. C’est la seule qui existe dans la maison. Pourtant, elle est moche. Oui, vraiment très moche. Je ne l’aime vraiment pas cette photographie.
Je me souviens. Les galets, l’eau, le vendeur de glaces ambulant, les femmes aussi. Le soleil brillait sur le Baie des Anges. Un rafraichissement dans la Méditerranée n’était pas de refus. Après avoir tourné un certain temps pour trouver une place pour la voiture, après avoir tourné un certain temps pour trouver une place sur la plage - entre une famille et deux mamies qui faisaient des mots croisés -, cette fois, c’était bon, on y était, dans la mer ! Mais déjà, il fallait sortir, cet après-midi, on allait “quelque part”… Séchage rapide - pas le temps de se coiffer - et direction “quelque part”.
Je me souviens. Le parking à cinq cents mètres de l’entrée, les tickets qui coûtent un prix exhorbitant, les caisses bondées de quidams qui attendaient leur tour en se curant le nez. Et puis le grand panneau qui surplombait tout le parc : “Marineland”. Enfin, nous entrâmes : spectacles, animations diverses et variées… Pauvres manchots ! Enfermés toute la journée, des centaines de badauds s’amassent devant l’aquarium en s’extasiant : “Oh ! Celui-là, il nage !”, “Et celui-ci, il me regarde !”.
Après avoir admiré un autre des multiples échecs de la société - avoir enfermé, “civilisé” le sauvage -, direction les musées. Nous passâmes en revue maquettes, canons et autres bricoles. “Oh ! Des statues de requin !” Nous décidâmes de prendre une photographie devant cet immonde mastodonte de plastique. Le temps qu’un enfant qui braillait - le doigt en sang après avoir touché les dents du pseudo requin - se pousse. Et clic-clac, la photographie était prise.
La photographie est horrible : sourire hypocrite, coiffure absolument horrible - mes cheveux sortaient à peine de l’eau salée -, habits froissés,… le tout devant un gros tas de plastique qui ressemblait jadis à un requin.
Personnage moche, fond moche, symbolique moche ; la photo avait tout pour être, elle aussi, moche. Il aurait fallu un miracle pour qu’il n’en soit pas ainsi. Et cela n’a pas loupé : la photographie est bien d’une laideur affligeante.
Et c’est celle-ci qui est restée, c’est celle-ci que que j’utilise, c’est celle-ci aussi que mes parents ont donné à mes grands-parents…
Flavien Ganter, Mai 2008










